Youssef Chahine, 82 ans, a été victime d’une hémorragie cérébrale survenue samedi 14 juin qui l’a plongé dans le coma. Le réalisateur a été admis lundi après-midi au département des soins intensifs de l’hôpital américain de Neuilly, près de Paris, sitôt après avoir été transféré en avion ambulance du Caire à Paris.
L’intervention a été effectuée tard dans la nuit du mardi (17 juin) à mercredi. Mais son état demeure toujours critique. Le réalisateur est accompagné de sa nièce, Marianne Khoury.
Né d’une famille chrétienne d’origine syrienne en 1948, l’artiste quitte Alexandrie pour Los Angeles pour des études de cinéma. A 24 ans, il réalise son premier long-métrage, Baba Amine. Une comédie suivra son premier chef-d’œuvre « Gare centrale » en 1958. Il enchaîne avec Salladin, un film historique relatant les hauts faits du conquérant kurde. Il passe un séjour en prison en 1984, pour la diffusion d’un film interdit par la censure. Et comme toute personne engagée, malgré cela il ne mâchera jamais ses mots.
Le cinéaste durant et tout au long de son parcours ne cesse de dénoncer l’intolérance, la censure, l’injustice. Il est contre l’affairisme, contre l’opportunisme et pour une société juste et équitable.
Il s’attaque aussi au fanatisme religieux. Ce qui a poussé des intégristes islamistes de l’attaquer, l’accusant d’atteinte aux textes sacrés dans son film « L’émigré ». Un procès, qui durera plus de 2 ans et qui s’est finalement terminé par son acquittement. Juste après, il sort « Le destin », primé au festival de Cannes 1997. Ce film relate les persécutions subies par le philosophe andalou Ibn Rochd (interprété par Nour Cherif) par ses concurrents excluant tout usage de la raison. Avec ce film, le réalisateur a imposé une comparaison entre cette période que nous vivons et celle d’Ibn Rochd marquant le début de la décadence de la civilisation musulmane !
En 2004, il a sorti « Alexandrie, New York », un film autobiographique qui a été interdit aux Etats-Unis. Cette Amérique qui a pourtant temps fasciné le réalisateur... Dans son dernier film « Le Chaos » (Al Faouda), malgré l’âge, la santé fragile, Chahine assume. Il dénonce ce qui dérange encore dans le monde arabe.
L’histoire du film se déroule à Choubra, quartier cosmopolite du Caire. Hatem, policier véreux tient le quartier d’une main de fer. Tous les habitants le craignent et le détestent. Seule Nour, jeune femme dont il convoite les faveurs, ose lui tenir tête. Mais Nour est secrètement amoureuse de Cherif, brillant et intègre substitut du procureur. Fou de jalousie, Hatem s’interpose. Il veut Nour pour lui seul. Il la harcèle et transforme sa vie en enfer. Un amour contrarié dans un climat de violence sociale et d’oppression policière.
Prompt rétablissement à ce réalisateur hors pair dans le monde arabe.
Source : Bouchra Elkhadir - Le Reporter