12 années plus tard, relancer un sondage identique sur les caractéristiques du ou de la conjointe idéale et comparer… Une idée trop tentante et rondement menée sur le terrain, début avril par FDM et DS Marketing. Les résultats du sondage de 1996 ronronnaient de conformisme. Entre temps, une date clé qui a bousculé une ligne historique : 2003, la réforme du code de la Famille. Dans ce sondage 2008, les mentalités ont effectivement évolué. Seul hic : pas du tout dans le sens des valeurs progressistes ! Zoom avant sur le grand retour de la misogynie.
Backslash ou le retour du refoulé ! En 2008, la conception de l’épouse idéale qui va accompagner un homme tout au long de sa vie est pour le moins… archaïque. Si l’on considère le mariage comme une micro-société dans laquelle se reproduit tous les comportements et stéréotypes de la domination masculine, concept cher à Bourdieu, alors la conception de la femme idéale vue par les hommes est une vraie régression par rapport à l’enquête de 1996. Génitrice, ménagère et soumise, elle est un rêve de misogyne en totale inadéquation avec les contraintes socio-économiques de nos années 2000. C’est une vraie régression des mentalités. En 12 ans, bien des bouleversements ont été trop rapides à décanter pour les hommes : information satellitaire kaléidoscopique, 11 septembre, réforme de la Moudawana en un Code de la Famille plus égalitaire, forte progression de la mixité dans le milieu urbain… autant de lignes de forces qui ont férocement crispé les nerfs et, manifestement, la raison de l’homme R’bati et Casaoui. Résultat : on constate un vrai retour du patriarcat dans les esprits, bouclier ancestral - et souvent efficace - contre l’égalité des sexes. Egalité des sexes - ô horreur ! - devenue “pensable” avec la girl next door marocco-musulmane et non plus juste une histoire de “nsrania là-bas !”. Là, ils s’étranglent littéralement et… le font savoir ! Alors, l’égalité des sexes dans leur couple ? Revenez dans 15-20 années !
Du côté des femmes, les grandes lignes de l’époux idéal se révèlent davantage dans une dynamique dont le ciel des référents traditionnels est nettement plus dégagé. Elles souhaitent un mari-partenaire pour construire et partager une vie de couple. C’est-à-dire qu’un partenaire fasse de son épouse un “sujet” respecté dans son intégrité d’être humain et non plus un “objet” dévolu strictement aux stéréotypes du “féminin traditionnel”. L’individualité féminine émerge ce qui semble logique, les femmes ayant tout à gagner à s’émanciper de la domination masculine. Ce qu’elles désirent depuis le fin fond du rural. Ce qu’elles font envers et contre toutes les difficultés rencontrées. Sauf que. Au milieu du fleuve, elles sont un peu perdues elles aussi. D’abord, le mariage continue à jouer son rôle de statut social et reste une case incontournable pour une maternité civilement reconnue. C’est dire si les femmes n’ont que très peu de libre-arbitre face à cette institution. Il faut donc un mari et fidèle et instruit mais surtout un mari “généreux et riche”. Et là, bien entendu, tout coince. “Tout” étant cette forte demande de modernité dans les rapports conjugaux. Or, comment envisager la modernité dans l’inégalité d’un rapport où l’homme est dévolu d’avance à être un pourvoyeur de fonds ? C’est impossible, tout bêtement. Pire. Cela renforce la domination masculine qui possède le nerf de la guerre et qui n’a pas intérêt à vouloir partager le gâteau économique. CQFD.
D’après les résultats de ce sondage, il semble très clair que le Maroc urbain est sorti, de gré ou de force, du référent des “valeurs traditionnelles” où les composants de la famille avaient, chacun, un rôle dit-complémentaire. Là, il s’agit de reproduire ce même schéma familial traditionnel en y ajoutant une forte et claire demande de soumission de la femme envers l’homme. Une dose supplémentaire de misogynie. Or, si les hommes fantasment aussi fort sur cette assignation stéréotypée d’épouse soumise, c’est bien parce qu’ils sentent que quelque chose leur échappe : les femmes étudient, travaillent, sont visibles en force dans l’espace publique. Elles relèvent la tête. Et c’est donc très opportunément qu’ils utilisent le retour du religieux dans la société - liant social faute d’un Etat de droit efficient - pour mieux instaurer un contrôle sur le comportement de la femme et un climat délétère la culpabilisant à chacun de ses actes : le voilà, le patriarcat, revenu en force pour guerroyer contre l’idée de l’égalité. Et les hommes divorcés sont au premières loges, trépignant de rage, de s’être senti lésés par l’idée qu’ils devaient se faire du mariage.
De fait, ce sont deux citoyens qui vont s’unir pour le meilleur et pour le pire avec des attentes diamétralement opposées. Dans cette bataille, les mères ont persisté à jouer un très très mauvais rôle en octroyant des éducations différentes selon le genre. Dans un tel contexte, la notion de couple qui émerge depuis peu au Maroc intéresse davantage les femmes. Les hommes, eux, traînent du pied ayant du mal à quitter leurs oripeaux de “petit prince choyé par maman” et de “célibataire libre sans contrainte” pour se retrouver à rendre des comptes à un être, une femme, une épouse qu’ils considèrent, au fond d’eux-mêmes, comme inférieure. Ils ne veulent pas, eux, de partenaire. Niet. Ils veulent un objet docile… Il n’est guère étonnant qu’il y ait, dans un tel climat de défiance, une crise de la rencontre et un nombre de plus en plus exponentiel de femmes célibataires passés 35 ans. Guère étonnant non plus que l’amour, le vrai, ne soit pas le critère n°1 du mariage marocain qui, manifestement, a d’autres soucis à régler d’abord.
Reste que la dynamique de l’égalité des sexes a été enclenchée. Qu’ils le veuillent ou non. Mais bon. Disons-le clairement : il y aura une génération de femmes sacrifiée à l’autel du mariage durant les quinze prochaines années encore. Le temps que les enfants, filles et garçons, actuels grandissant dans ce champ cacophonique et contradictoire reproduisent les comportements, à présent plus modernes qu’ils ne l’ont jamais été, de leurs mères. Ce qui laissera du temps aux femmes d’apprendre à gagner leur argent et à acquérir une véritable indépendance économique sans besoin de père, mari ou autre esprit protecteur. Certes, notre contexte économique ne s’y prête pas. Mais c’est là qu’elles vont devoir faire preuve de créativité, d’ingéniosité et, pourquoi pas, de capacité à inventer d’autres formes de vie sous peine de chape de plomb, alors, inévitable.
Fidèle, religieux et généreux… la pierre angulaire du mari idéal en 2008 ! Puritaines et matérialistes, les femmes ont besoin d’engagement sérieux et d’être matériellement choyées et elles le clament haut et fort. Fidèle avec un score qui crève le plafond pour ces dames interrogées. Le mari idéal doit s’engager dans un projet conjugal monogame. Avec une nouvelle caractéristique “religieux” rajoutée pour ce sondage, la seconde place est immédiatement calée à 97,5%. Mais dans les esprits, un mari reste un mari… généreux pour 97% des femmes interrogées. Un chiffre qui traduit la symbolique toujours puissante de l’homme pourvoyeur de cadeaux, de protection, de sécurité matérielle. Même si le fait qu’il soit “instruit” reste un atout non négligeable pour 96,5% des sondées, la chute est dure pour cette caractéristique placée en première place il y a douze ans et qui, aujourd’hui, loge en quatrième dans notre nouveau classement. Autre temps, autres mœurs. Aïe, aïe mesdames ! S’il habite seul, chez lui comme un grand garçon indépendant, sans obligations familiales de dîner à l’heure H et de facto, sans belle-mère au réveil, un homme possède de vrais atouts pour 89%.
Effet certain de la sortie des référents traditionnels, la symbolique ancestrale du mari “plus âgé” s’amoindrit. Ces chiffres attestent que la prise de conscience d’une vie conjugale équitable et fondée sur le partenariat a émergé en milieu urbain. A peine, redressons-nous la tête qu’un chiffre couperet tombe : Si elles étaient 46,5% à le vouloir “riche”, elles sont aujourd’hui 60%. A noter que c’est le critère où l’écart différentiel avec le chiffre de 1996 est le plus fort. Haro sur l’infidélité !
Approchons un peu la loupe. Un mari infidèle est devenu inconcevable ou presque pour ces dames. 99,5%, quel score ! C’était déjà le cas en 1996 (96,5%) et la tendance est lourdement confirmée dans toutes les tranches d’âge et différentes CSP. Petite variation constatée dans les milieux favorisées qui toléraient davantage l’infidélité et qui désormais considèrent importante la fidélité à… 100% alors qu’elles n’étaient “que” 93% en 1996. Ainsi que pour les femmes veuves ou divorcées qui ne bradent plus leur seuil tolérance (situé à 82% en 1996) et qui sont aujourd’hui, 100% des interviewées, à exiger la fidélité comme critère de choix. Toutes les autres catégories, CSP moins favorisées ou femmes mariées ou célibataires flirtent également avec les 100% maintiennent leur exigence avec de tels scores haut de gamme. Wow ! Cette unanimité prouve si besoin est que la monogamie est, n’ayons pas peur des mots, un idéal absolu pour les femmes urbaines. A se demander pourquoi la polygamie traîne toujours juridiquement dans les tiroirs… Religieux à tout prix
Nouveau critère du mari idéal entrant dans notre enquête 2008, le fait qu’il soit “religieux”. A 97,5% ! Cela dit, toutes les catégories et tous les âges confondus des femmes interviewées accordent une grande importance au fait que leur époux, et donc la vie conjugale, s’épanouisse dans le cadre de la religion. Le chiffre le plus bas étant celui des femmes privilégiées et il est de 90%, c’est dire l’unanimité pour le reste… La religion évoque le sens du sérieux, de l’intégrité et rassure donc ces dames. Il est normal de la retrouver accolée au mari idéal pour l’ensemble des femmes qui, rappelons-le, déclaraient de façon spontanée vouloir avant tout un homme qui respecte son épouse. Le cachet du cash
Gé-né-reux ! Voici le critère énoncé le plus politiquement correct du sondage. Autrement dit qui cache le mieux son jeu. En hausse claire puisqu’il passe de 91% des femmes à sondées à 97%. Avec des 100% pour les moins de 24 ans et des illusions qui se perdent à 45 ans et plus (90,5%) sur le fait de pouvoir monnayer sa jeunesse. Si en 1996, les veuves ou divorcées en faisaient un critère primordial (100%), c’est un peu moins le cas puisqu’elle ne sont que 92%. Bon, maintenant, quand on dit “généreux”, on parle de quoi ? De la même chose : de l’argent pour ne justement pas le citer ! Evidemment que l’argent n’a pas d’importance cruciale puisque le voilà placé en avant-dernière position. Mais évidemment aussi -et surtout ! - que si l’on recoupe les hausses du critère “généreux” et “riche” 12 ans après, on comprend que oui, vraiment, on parle de la même chose.
Et c’est l’extrême jeunesse des 15-19 qui décroche le pompon du critère “argent” comme idéal avec un bon 79%. Extrême jeunesse qui, pour la petite anecdote, dévisse sec dans la tranche d’âge directement au-dessus soit les 20-24 ans avec un “petit” 54% qui prouve l’atterrissage forcé dans la réalité. Néanmoins en passant des timides 46% de 1996 à 60% en 2008 comme critère du mari idéal, l’argent est une notion qui se décomplexe à la vitesse de la lumière chez les femmes. Elles n’ont plus honte d’être matérialistes et, moins encore, de chercher la protection d’un homme dans une société dépourvue de Sécurité Sociale. Mais pas seulement. Les femmes riches ne devant jamais l’être assez sont en locomotive avec 73% des réponses contre 56% pour les moins favorisées, nettement plus réalistes. L’angoisse totale et absolue étouffant les divorcées ou les veuves qui ont un taux d’attente (68,5%) plus élevé encore que les femmes mariées et célibataires. C’est dire si l’argent de l’homme est encore très fortement perçu comme un bouclier protecteur pour les femmes. Matière grise quand même !
Corollaire logique de ce glissement des mentalités, l’instruction n’est plus en première place du sondage même si elle conserve un bon score (96,5%). Hé oui ! Etre instruit reste primordial pour les femmes les plus favorisées avec un 100% total et rond. Presque pareil pour les femmes âgées entre 25 et 34 ans (98,5%), tranche d’âge moyenne du premier mariage qui, en plein cœur du principe de réalité, prennent conscience du pouvoir social du Savoir et de la nécessité de s’acoquiner à vie avec un cerveau bien rempli. Ce que nous confirment les femmes mariées avec 98% des réponses favorables qui doivent savoir de quoi elles parlent. Bon, l’instruction reste une valeur primordiale pour les R’baties les plus favorisées, mariées, âgées entre 35-38 ans ! Pour les autres, les taux dépassent quand même les 90%, ce qui reste rassurant. La matière grise est encore une valeur sûre dans le choix du conjoint idéal, et c’est heureux ! Il lui faut son toit à lui, rien qu’à lui !
S’il habite chez ses parents, il est carrément de la loose ! Elles veulent le package du célibataire indépendant. Déjà, en 1996, ce n’était pas fameux (78%) mais là, ça grimpe franchement avec 89% des réponses sondées. Il-doit-avoir-son-toit et après 35 ans, c’est du 100% exigé. Changement perceptible des mentalités vis-à-vis de la dure réalité du logement, les moins de 25 ans qui, il y a douze ans, étaient exigeantes sur ce plan se montrent plus cool. L’émergence d’une classe moyenne et l’accès au crédit immobilier ont appris la patience et sont également un point nodal de signe extérieur de réussite sociale pour un homme. Pour les catégories middle ou intermédaires, l’exigence est la plus forte tant l’espace vital, les mètres carrés et l’intimité deviennent rares et donc précieux. Ce sont les divorcées et veuves qui, toujours, sont les moins regardantes. La solitude étant, peut-être, trop dure à vivre. Et c’est à Casa, aimant doré de tout l’exode rural et qui craquelle de partout que l’exigence est plus forte (93,5%) avec un différentiel certain d’avec Rabat (83%). Moderne d’esprit…
Qu’il soit moderne, ça compte. Et de plus en plus. C’est une vraie demande d’ouverture d’esprit qui se cache derrière ce mot. Une demande d’un partenaire plutôt qu’un mari comme pouvaient l’être les grands-pères autoritaires. La tranche d’âge des 20-24 étant assez claire puisqu’elle avoisine tout simplement les 100%, ce qui laisse penser un bel idéal conjugal à construire. Faut-il penser qu’avec l’âge, le besoin de protecteur s’exacerbant, les compromis en deviennent plus faciles : chute libre (72%) des attentes de l’homme moderne à partir de 45 ans ! Idem dans les milieux les plus défavorisés. En revanche, la catégorie middle, elle, trépigne devant l’homo modernicus avec 95,5 %. C’est un idéal fort pour ces femmes qui ont, tout, absolument tout à gagner socio-culturo-économico en s’alliant avec un homme tolérant. Jolie surprise de la part des R’batiates qui souhaitent un appel d’air (90,5%) avec leur alter ego alors que les Casaouiates, ayant un peu plus d’avance dans les faits sur la question, sont moindres à exiger cette caractéristique (86,5%). Reste le chiffre, le vrai, celui des illusions perdues, le chiffre des divorcées et les veuves ont le chiffre le plus bas (74%). Un chiffre qui fleure bon l’expérience et la connaissance profonde du syndrome de l’illusion d’optique qui colle si bien à la “modernité” des hommes. A contrario, les célibataires l’exigent à 94%. La pression monte, messieurs ! Il va falloir et être généreux et être moderne… ce qui n’est aucunement logique, on vous l’accorde ici. Pas trop vieux
Si la norme dominante reste que l’homme soit plus âgé que son épouse, les mentalités bougent, là aussi. L’homme plus âgé n’est plus incontournable et les femmes semblent avoir moins peur de vieillir avec un conjoint du même âge ou plus jeune. C’était chose normale pour 83% de sondées en 1996. Elles ne sont que 75,5%, aujourd’hui. Avec un net dévissage pour les 15-19 qui passent de 94% à 72% ! C’est net également pour la tranche d’âge des femmes âgées de 35-44 ans qui ne sont aujourd’hui que 69,5% alors qu’elles jouaient le jeu à 77% en 1996. L’effet Demi Moore est évidemment ultra-visible pour les femmes des catégories les plus privilégiées qui n’accorde à ce critère que 61% d’intérêt. Mieux, elles sont prêt de 39% d’entre elles à ne trouver pas l’âge d’Ashton comme quelque chose d’important. C’est frais, mesdames ! Attention, ce chiffre est l’un des chiffres clés de l’émancipation féminine ! Ne plus se soumettre à cette norme antédiluvienne du mari plus âgé, symbole du protecteur expérimenté, est une vraie rupture avec les schèmes de pensées les plus archaïques. Bôgoss ? Bof pas tant que ça !
Pas si importante que cela la beauté puisque citée en dernière position (46,5%). Néanmoins, cette exigence se maintient toujours chez les très jeunes 15 - 19 ans avec 67,5%. La jeunesse et ses aspirations de perfection trouve naturellement sa place dans ce critère. Place qui décline avec l’âge puisque les 45 ans et plus ne lui accorde de l’importance à la beauté qu’à 22%. Ces chiffres ressemblent sensiblement à ceux de 1996. Rien ne bouge en si peu de temps dans le rythme de l’évolution de Dame Nature. En revanche, la beauté reste une rareté qui s’accorde avec l’argent et les femmes les plus privilégiées sont 68% à lui accorder de l’importance dans le choix du conjoint idéal. Elles n’étaient que 48% en 1996. Le chiffre a augmenté également pour les catégories middle qui passent de 43% à 57% mais décline chez les catégories les moins favorisées qui de 36% se retrouvent absolument démissionnaires à 28,5% en 2008. La beauté reste globalement liée à un acquis (ou à un devenir) de la zone “richesse”. Sur ce critère, Casa fait sa frime avec 55% des sondées et il va de soi que les célibataires ont le droit de rêver (70%) quand les mariées (37%) et divorcées ou veuves (24%) atteignent des rives où l’apparence physique reste anecdotique. Il pourra être chauve et vilain, pour peu qu’il soit généreux, tout ira donc bien !
Source : Géraldine Dulat - Femmes du Maroc